Réponse du Dojo cinéma au questionnaire des inattendus

Festival Les Inattendus, Lyon, 20-25 janvier 2004

Réponse du Dojo cinéma
au questionnaire des Inattendus

Question 1. — Êtes-vous un vidéaste, un cinéaste, un artiste, (autre) ?

2. — Qu’est-ce qui vous pousse à filmer ? Le social, le politique, l’artistique, (autre) ?

3. — Les nouvelles technologies de l’image ont-elles influencé votre travail ? (économiquement et esthétiquement) ?

8. — Si non, vous considérez-vous comme lié à un collectif artistique ? Si oui, quel est pour vous l'intérêt ou le sens de travailler dans ce collectif ?

11. — Le collectif dispose-t-il d'outils techniques ? Lesquels ? De moyens financiers ?

Nous ne voyons guère que depuis 1895, quelque invention, quelque nouveauté aient été produites dans le domaine du cinématographe que celle-ci, fondamentale : avoir affaire à la chose publique (res publica) au travers de l’enregistrement et du montage de l’image en mouvement et des sons. C’est ce travail, cette tradition, que le Dojo cinéma poursuit avec les moyens qui sont aujourd’hui à sa disposition : la vidéo associée à l’informatique.

Ni vidéaste, ni cinéaste, ni artiste, ni individu, ni collectif, le Dojo cinéma, ainsi, ne peut se définir mieux qu’à se dire un peuple de cinéma : un public constitué par la production, la réalisation et la projection de films.

4. — Pensez-vous qu’il existe un public pour vos films ? Comment décririez-vous ce public ?

L’existence du public n’est pas le résultat attendu, l’effet espéré du travail cinématographique, il est au contraire l’a priori qui le fonde. La pratique du cinéma, les films qui en résultent, sont nécessaires à la révélation d’un public qui est déjà là, qui existe depuis toujours. Mais on peut employer, si l’on préfère, d’autres mots que révélation. On peut parler d’invention du public (comme on parle de l’invention d’un trésor pour dire sa découverte), de constitution, de réunion, de réalisation enfin. Le sens du travail du Dojo cinéma peut se résumer en ceci qu’il consiste à réaliser un public au travers de la réalisation de films.

Les personnes, les individus réunis au cours d’une séance de projection font public dès lors qu’ils se réfèrent, sur l’écran qui leur fait face, à autre chose qu’eux-mêmes, à des images d’eux qui ne leur ressemblent pas. Le Dojo cinéma tente le pari d’épurer cette fonction première, spontanée, du cinéma. Il tente de constituer un public-rien-que-public : un peuple. Reprenons la formule : les personnes, les individus réunis au cours d’une séance de projection du Dojo cinéma font public dès lors qu’ils se réfèrent, sur l’écran qui leur fait face, à l’image du peuple. Par quoi le Dojo cinéma revendique la pratique d’un cinéma populaire ― ou pour être plus précis : revendique la poursuite de la tradition du cinéma populaire.

6. — Comment situez-vous votre travail par rapport aux modes de diffusion existants (salles de cinéma, chaînes de télévision, festivals, Internet,...?)

7. — Êtes-vous seul ?

11. — Le collectif dispose-t-il d’outils techniques ? Lesquels ? De moyens financiers ?

12. — Les projets de ce collectifs ? Comment voyez-vous ses possibles développements ?

Pour déployer avec effectivité sa pratique populaire du cinéma, il a été nécessaire au Dojo cinéma de recréer, à une échelle restreinte ― non-industrielle, et même pauvre ― l’ensemble de la chaîne de production cinématographique. Le Dojo cinéma dispose ainsi pour la réalisation des films : d’une caméra mini-DV amateur, d’un ordinateur personnel faisant office de banc de montage, d’un appareil de prise de son DAT ; et dispose pour la diffusion : d’une salle (précisément, d’un dojo) et d’un vidéo-projecteur.

C’est avec radicalité que le Dojo cinéma dès sa création s’est trouvé situé à l’extérieur ― s’est constaté étranger, et n’a rien voulu savoir ― des modes de production et de diffusion non-populaires existants. Il lui a ainsi été jusqu’ici indispensable de tenir à lui seul tous les bouts de la chaîne du cinéma. Sa vocation, pourtant, est à l’opposé de l’autosuffisance. Simplement faut-il que les projets et les méthodes des relais, des associations, des collaborations qui se proposent à lui, vers lesquels il se porte, s’accordent avec les exigences du cinéma populaire. Ce ne fut pas le cas pour la plupart des salles de cinéma, des festivals, des chaînes de télévision ou des producteurs de cinéma contactés au cours des quatre années passées.

5. — Que pensez-vous des systèmes d’aides à l’écriture ou à la réalisation existants (CNC, SCAM, Régions...) ?

Le Dojo cinéma a pu le vérifier au long de ses quatre années d’existence : faire du cinéma à la manière et pour la cause du peuple, c’est le faire à l’envers de la façon dont il se fait ailleurs et pour d’autres raisons. Cela exclut entre autres de faire de l’acte de filmer ou du travail du montage l’aboutissement et la récompense d’un long processus d’écritures, de démarches administratives, institutionnelles et financières. Le Dojo cinéma se donne comme ligne de conduite une pratique régulière du cinématographe. Il s’impose d’avoir affaire quasi-quotidiennement aux images et aux sons. De même qu’il s’impose un rapport régulier, resserré, fréquent avec le public : pour donner lieu à un travail conséquent de part et d’autre du film, les séances doivent être nombreuses durant l’année.

Ces conditions ne laissent qu’un temps très restreint pour la recherche de subventions et pour le montage de dossiers administratifs. Jusqu’à présent, la priorité a toujours été donnée à la rigueur de la pratique, au détriment de l’obtention d’aides et subventions. Là encore, des solutions, une forme sont à trouver qui tout en respectant l’ordre propre à ce travail lui permettraient de bénéficier de l’aide matérielle et de la reconnaissance institutionnelle que réclame son déploiement.

10. — Est-ce que cette structure emploie du personnel salarié ? Permanent ? Intermittents ? Quel type de travail est rémunéré (administratif, artistique, autre ... ?)

2. — Qu’est-ce qui vous pousse à filmer ? Le social, le politique, l’artistique, (autre) ?

Les animateurs du Dojo cinéma (ceux qui se coltinent la pratique quotidienne) sont tous non-professionnels du cinéma, non-salariés du cinéma, non-formés pour le cinéma. Ils œuvrent, du reste, à une forme non-industrielle du cinéma. On pourrait tout aussi bien parler en ce cas de cinéma amateur, dans le sens où il y va uniquement de ce que l’on aime. C’est-à-dire en l’occurrence du travail : le Dojo cinéma, comme le peuple, n’a que l’amour du travail. Rien d’autre. Toutes raisons qui, ajoutées aux enjeux et à l’esthétique qui en résultent, définissent ce que le Dojo cinéma préfère nommer : cinéma pauvre.

Rédigé à Montreuil, le 16 janvier 2004

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