Quatre jeunes gens sont amis depuis peu. Julie étudiait l’histoire à l’Université lorsqu’elle a rencontré Brian, élève à Normale Sup. Elle lui a présenté Lola, une amie d’enfance alors étudiante en philosophie. Quelques semaines plus tard, tous les trois ont fait la connaissance de Mickaël, manutentionnaire.
Lola, Julie, Mickaël et Brian passent leur temps dans un petit local de banlieue. Ils se lisent tour à tour des textes et d’anciens discours révolutionnaires (Saint-Just, Marx, Lénine, Mao, un peu de philosophie), rejouent quelques scènes décisives du théâtre et du cinéma (Brecht, Péguy, Novarina, Rosselini ...). Ils peignent des banderoles, ils redessinent des images et des titres d’actualités. Mickaël, lui, ne veut plus parler. À la place il joue de la guitare électrique. Parfois très fort. Chacun est à son poste : pas un mot, pas un regard, pas un échange personnel qui n’interfère. L’un fait claquer un mot d’ordre, un autre répond en brandissant une pancarte ou un dessin. Un autre encore déclenche les informations radiophoniques, puis les arrête. Les rapports qu’entretiennent entre eux Lola, Julie, Mickaël et Brian sont tout entiers de collage : simultanés, dysharmoniques, arbitraires.
Le lieu est ainsi transformé en une scène de théâtre. Une scène où la rudesse de ce qui se dit et se joue tranche avec la lâcheté du monde. Si dedans c’est l’amitié, alors au dehors doit régner l’ennemi. Ils décident d’inventer la fiction de leurs rencontres et de la constitution du groupe jusqu’à sa dissolution à venir. À travers la représentation de brèves saynètes, ils comprennent pourquoi ils sont ensembles, et comment ils sont séparés du reste. Un jour, Brian propose cette analogie : la France est occupée, eux sont les résistants. Mais il faut bientôt admettre qu’il n’y a pas d’Occupation, aucun étranger n’a envahi le territoire. Ce qu’il y a, c’est uniquement une capitulation, une longue, une infinie capitulation. Ce n’est pas la résistance qui fait défaut - des résistants ou prétendus tels, on en trouve à la pelle, et la résistance est devenue un autre nom pour dire la résignation -, ce qui fait défaut c’est un authentique combat. C’est la guerre qu’il faut relancer. Alors ils décident que c’est la guerre. Ou bien un film de guerre, ce qui est la même chose : c’est une lutte qui se joue.
Lola, Julie, Mickaël et Brian tentent d’identifier d’autres points de lutte, d’autres groupes ou d’autres camarades qui n’auraient pas abandonné le combat. Lancés sur la piste de l’Organisation politique, ils rencontrent l’un de ses militants, Sylvain Lazarus. Celui-ci leur expose la situation du pays, le onctionnement de la démocratie parlementaire, il dit l’asservissement des ouvriers, la soumission générale aux intérêts de la finance, il décrit les maîtres d’aujourd’hui. Mais d’aujourd’hui, il dit aussi les batailles, les actions politiques possibles, celles qui sont en cours, et comment elles s’organisent.
Ailleurs, à la faculté de Saint-Denis, dans une salle de cours occupée clandestinement, ils découvrent un membre de l’IRA (Institut de Recherche Anti-philosophique) : le théoriste Gilles Grelet expose la pensée, la rigueur, l’exigence, le tranchant d’une rébellion véritable. Il met au point les derniers ajustements d’une arme théorique capable de démanteler la suffisance, la Maîtrise du Monde.
Au travers des pôles de l’art, de la politique, de la théorie, voilà comment en 2005 une génération se pense.
Voilà comment vivent, luttent, fraternisent, s’organisent Lola, Julie, Mickaël, Brian : nous autres.
fiche technique
format : dv couleur
durée : 50 mn
date de production : mars 2006
production et scénario :Dojo cinéma
réalisation : Laurent Bruel, Rudolf di Stéfano, Sol Suffern-Quirno
montage : Laurent Bruel, Rudolf di Stéfano, Sol Suffern-Quirno
cadre et lumière : Brice Berrier
musique originale : Ralph Durel
prise son et mixage : Martin de Torcy
interprétation : Jérôme Clément Wilz, Valentine de Boisriou, Ralph Durel, Arianne Monnier, et dans leur propre rôle Gilles Grelet (membre de l’institut de recherche anti-philosophique) et Sylvain Lazarus (militant de l’organisation politique)